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Entretien avec l’artiste peintre Houssein Tallal

Le Maroc est un parfait stimulant  pour la création et la réflexion.
J’estime  que la création se nourrit de l’esprit de liberté et de sincérité.


L’échange interculturel mise sur l’art en tant qu’un moyen de reconnaissance et de rapprochement entre les peuples et les nations
La culture et l’art contribuent de près  au  développement des hommes et de leurs cités

L’artiste peintre illustre Houssein Tallal  jouillet d’une bonne image de marque en termes de recherche et de création. Il est l’une des figures majeures de l’art moderne aussi bien au Maroc qu’à l’étranger.
Tallal est  Lauréat du grand prix du Salon d’Hiver du Maroc en 1965 et de la médaille avec plaquette d’honneur décernée par   la Société Académique Française « Arts- Sciences – Lettres ».Entretien


Quels sont les grands tournants t qui ont marqué votre  imaginaire pictural digne des grands musées ?
J’ai la chance dans les années  soixante, d’avoir un ami comme Cherkaoui que j’ai côtoyé à Paris et qui m’a permis de rencontrer plusieurs artistes et écrivains  célèbres surtout lors de mon exposition individuelle à la Galerie  parisienne la Roue  : Gaston  Dhiel, Jacques
Berque et autres. Dans ce contexte, j’ai été  sélectionné par  le fameux historien René Huyghe dans Larousse « Art dans le monde » et j’ai remporté  le grand prix du Salon d’Hiver du Maroc à Marrakech . Ce  grand salon crée par Majorelle  a  regroupé les artistes  européens confirmés et les jeunes talents. On était trois artistes marocains : Taieb Lahlou ,  Hassan Glaoui et moi-même. J’étais surpris d’avoir décroché ce prix parce que   j’étais le plus jeune sélectionné par la commission du jury. Une chose qui m’a beaucoup marqué,  c’est que j’ai  pas  récupéré  ce prix faute d’une panne  prévue dans ma veille voiture en  destination à Marrakech.
Avec sa générosité de cœur et sa grandeur humaine, Cherkaoui disait à chaque qu’il me présente à une personnalité culturelle : Nous sommes deux à Paris. J’ai toujours gardé en moi même cette générosité envers d’autres personnes.  C’est extraordinaire !
Vous êtes de  ces artistes  précurseurs qui ont  réalisé un parcours probant et riche en termes de créativité. Peut-on avoir une idée sur ce que vous avez réalisez jusqu'à présent ?

Lors de ma première exposition à la Galerie parisienne  La Roue, j’ai axé ma peinture  sur ce  thème général : « les portraits imaginaires »sans recours à des titres. Vers les années soixante dix, j’ai commencé à illustrer les contes fantastiques d’Edgar Alain Poe, en mettant en scène l’enfant et les jouets. C’est un peu les enfants handicapés. Ce qui est extraordinaire à ce propos, c’est que en recevant ma carte professionnel au parlement, j’ai retrouvé deux tableaux représentatifs de cette série où j’ai  abordé avec spontanéité le tragique de l’enfance et la beauté de la laideur. Je suis fils unique et je n’ai pas connu mon père à la naissance. Ainsi, je  voudrais bien rendre hommage à ma mère qui disait souvent : j’ai appris à mon fils à lire  sous la lumière d’une bougie.
Sur les portraits de cette époque,  une journaliste française a  si bien écrit: «  la peinture de Tallal est d’une étrange beauté. Elle me fait penser à William Blake. Il n’y a pas d’explication. ».Quant à mon exposition à la Galerie Vercamer à Paris, elle a été focalisée sur le thème de la danse. A Rabat, j’ai présenté la thématique du cirque en tant qu’un monde passionnant  fait référence à mon enfance quand je n’avais pas l’argent d’y accéder. Je me rappelle  cette  citation d’une historienne d’art française en commentant  mon travail  en question : « Beaucoup d’artistes ont travaillé sur le cirque, mais ton cirque est à toi  Tallal. ».
En 1984, Feu SM Hassan II m’a écrit : «  Ces tableaux qui témoignent du degré de perfection jamais atteint par l’art pictural marocain, grâce à votre labeur acharné et à votre ténacité opiniâtre de poursuivre avec constance, un effort de recherche soutenu  par une maîtrise adéquate de votre technique, honorent le Royaume. ».

 




Quel regard portez-vous sur les arts plastiques au Maroc en tant qu’artiste peintre et homme de culture ?
On a une très bonne école, parce qu’elle est diversifiée : il y a les naïfs, les abstraits, les figuratifs, les installateurs …etc.  Cette diversité  relève de la  lumière  fascinante du Maroc qui a beaucoup inspiré les maîtres de la peinture, en l’occurrence Delacroix, Matisse et Majorelle. C’est une école vivante. Maintenant,  nous sommes très heureux  que les gens commencent à s’intéresser à la peinture et aux artistes .Je pense que c’est grâce à SM Mohammed VI qui a donné une impulsion et une vie à l’art au Maroc.
A mon sens, on ne peut pas parler d’une peinture proprement marocaine. Il s’agit d’art contemporain qui se veut universel. De par sa position historique et géographique, le Maroc a été, est et sera  toujours un carrefour  où foisonnent  différentes tendances et expériences, ce qui représente un grand moment de partage et d’enrichissement..
Au niveau de Galerie Alif Ba créée par Chaibia, on a œuvré pour l’ouverture sur des sommités artistiques  à l’échelle internationale dans le but de mener à bien une synergie entre les créateurs d’ici et d’ailleurs.



Comme qualifiez-vous  votre conception  d’art ?
L’art ne peut être réalisé s’il n y a  pas de création au sens plein du terme.  J’estime  que cette création se nourrit de l’esprit de liberté et de sincérité. L’art également est le rapprochement entre les peuples.
Dans  cette optique, je voudrais bien citer ce que disait Feu SM Hassan II dans son discours prononcé le 19 /12 /1969, en s’adressant aux artistes lors de la Rencontre Internationale des Arts au Maroc : « Et je  leurs dis : dans le domaine de la sagesse, de la vertu et de l’art ; il n’y a point de limite à la connaissance et il n’y a point de terme à la recherche. Je les encourage aussi pour qu’ils soient des membres actifs  de cette grande famille des penseurs et des artistes qui, lorsque tout semble s’écrouler, restent les amarres entre les peuples, les continents, les religions et les races … ».



L’artiste Chaibia  a sillonné le globe et a ravi les critiques les plus impartiaux. Ces couleurs ont illuminé les différentes capitales des grandes villes modernes et les galeries les plus exigeantes. Quel est le secret de  sa célébrité à l’échelle internationale ?
Vous savez, le secret de Chaibia est  venu avec le travail. C’est une femme artiste qui  a travaillé tout le temps. Fermée chez elle, elle  recevait beaucoup de monde.  Dans ses œuvres calculées en nombre d’or, chaque chose était à sa place.  Pour elle, la sincérité est importante dans la création.  Elle se manifeste  en traits et en compositions. Chaque couleur donne une image sur l’artiste.  Il faut aussi reconnaître que Chaibia a mené la peinture marocaine à l’universalisme par ses couleurs, ses habits, ses fantasmes, sa bohémie. Elle a fait connaître à travers ses œuvres d’autres artistes peintres marocains.. Il ne faut pas avoir 70 % de blabla et 30%de peinture. Il faut 100% de peinture.
Quand  le critique d’art et le directeur de section « Art Moderne » à Paris  Pierre Gaudibert est venu voir mon travail accompagné de Cherkaoui et El baz , ma mère  est venu nous montrer une composition complètement abstraite et tachiste sur carton à la manière d’un tapis.  A l’époque, il y avait le grand peintre de l’école de Paris Bissière. Par  rapport à  cette composition, Gaudibert m’a dit : c’est pas une gentillesse que je veux vous dire .C’est  extraordinaire ce travail parce que  Bissière a passé 7O ans  pour finir  avec  cette légèreté  et spontanéité et je trouve ça formidable. Il a ajouté : Tallal, peut être dans les  trois mois Chaibia va continuer à peindre .Si elle dépasse les trois mois, elle devient une très grande  artiste peintre, mais une chose, ne dit jamais rien à elle.  Donc, Personne  ne peut prétendre qu’il est derrière l’émergence de Chaibia sauf des simples opportunistes. D’ailleurs, elle a été fêtée par les grands ténors du mouvement Cobra : Corneille, Alechinsky, Apple …etc.  Elle avait une force au niveau de graphisme et de la couleur brute. Le secret de l’art est là. D’ailleurs, dans les années soixante, il y avait des suivistes de Chaibia notamment au Brésil et à Paris. Toutes ses expositions dans les quatre coins du monde ont été vraiment un énorme succès sur tous les plans. Fidèle à son langage intérieur et à  la fraîcheur de ses couleurs,   elle a  été choisie pour présenter  la femme en Méditerranée. Il est à souligné que  l’artiste peintre Mao Bennani m’a confié   qu’il a fait la que avec beaucoup de monde à Athéne pour visiter un musée d’art et il a été ébloui le fait de voir qu’il s’agit d’une exposition de Chaibia.
Vous êtes parmi les initiateurs et les architectes de dialogue interculturel entre le Maroc et l’Iran. Quel est, selon vous, la réalité et les perspectives de ce dialogue bilatéral ?
J’ai été invité par l’Académie des Arts Iranienne comme  président  du jury de la 3éme Biennale d’Art Islamique dont j’ai assuré avec rigueur et objectivité la sélection des œuvres artistiques primées. Suite à cette participation, j’avais aidé à l’organisation d’une grande exposition d’art iranien initiée par l’Académie  des Arts de Téhéran  au Forum de la Culture (ex Cathédrale Sacré Cœur) à Casablanca pour présenter le panorama le plus représentatif possible de l’art iranien dans ses styles diversifiés   . C’était une occasion propice de rencontrer une pluralité d’éminents  plasticiens et intellectuelle.  L’échange interculturel table sur l’art en tant qu’un moyen de reconnaissance et de rapprochement entre les peuples et les nations.  Quand j’étais à Téhéran, j’ai côtoyé des artistes et j’ai communiqué avec eux  juste par le message muet des gestes et des expressions visuels,  en dépassant les frontières de la langue. Ce message  artistique devient vivant, relationnel et bénéfique pour les peuples et les nations.
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