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Laalaj « Loubaba » au Forum des artistes de la Kasbah en Espagne :

L’art comme nécessité intérieure


L’artiste peintre  Laalej Loubaba  a pris  part   récemment aux actes du  Forum des artistes de la Kasbah  ,

et ce à la ville   espagnole  Alicante ,  la seconde ville la plus importante de la Communauté valencienne au sud-est de l'Espagne, au bord de la mer Méditerranée. La démarche de  cette artiste  énergéticienne   est dotée   d’une pensée  spirituelle et d’une imagination créative.

Elle laisse toute liberté à  l’illumination du moment  et aux états d’âme  (goût pour la  lettre ,  la tâche,   la trace, l’instantanéité, imaginaire…) dépassant ainsi les canons conventionnels  de  la conception traditionnelle de la peinture et de son cheminement  en tant qu’une œuvre  finie.Loubaba   développe  à sa  guise  une esthétique  semi-abstraite ou «  semi- informelle » pour traduire ses  introspections  et  ses impressions, son  propre expressivité à l’état pure  et brut.  Chaque expérience engendre une  tendance  visuelle au sens plein du terme. Elle réaffirme la synthèse de l’expression picturale gestuelle avec le tachisme au sein de l'art  expressionniste moderne.

A l’instar des ébauches et des  esquisses, chaque aventure picturale se veut   un champ d’expérimentation et d’investigation au rythme de l’approche intuitive, ce qui explique ses  plusieurs registres visuels (figuration naïve,  expressionnisme, onirisme insolite, abstraction, monochromes…).  Il s’agit des lettres ouvertes que le récepteur avisé  peut lire librement au même titre  qu’une répartition musicale, ce qui nous fait penser à la citation éclairée de Marcel Duchamp : « Ce sont les regardeurs qui font les tableaux ! ».

Les œuvres de cette artiste hypersensible sont caractérisées par : spontanéité du geste, emploi expressif de la matière, aucune idée préconçue, l'expérience du vécu  au Maroc et en France fait naître l'idée, l'œuvre est le lieu et le moment privilégié où l'artiste se découvre , la représentation du sujet qui devient la finalité de la peinture, la spatialité à travers la vie intrinsèque des couleurs et des figures (notamment  la mer , le ciel , les paysages  grotesques, les silhouettes  bien stylisées  et les  figures hybrides et métamorphosées ).

L'imaginaire  guide le regard subjectif de Loubaba vers le langage caché des êtres et des choses , suivant une écriture gestuelle  qui vacille  entre l'esprit  matiérique  selon le concept de  Tàpies  et l'esprit  lyrique  , puis qui débouche sur de nouveaux procédés de liberté plastique, allant de la projection linéaire des couleurs sur la toile jusqu'à leur brossage ample et opacité fragmentaire. L'action picturale de l'art  expressionniste exploite  les unités  pictographiques (lettres, indices et symboles),  tout en introduisant des signes et graphes  qui renvoient à l'automatisme surréaliste ou à une extrême-orientale.


La gestualité picturale  de Loubaba renvoie   à une nouvelle interprétation  colorée d'une abstraction allusive et suggestive. Elle  table sur la spontanéité  et l’immanence  malgré quelques aspects figuratifs allusifs dans les espaces picturaux exposées. Je tiens à saluer vivement  cette artiste  intellectuelle  pour son  acte intuitif   de tisser des liens et des correspondances avec les artistes  «  gestualistes » et «  expressionnistes »   du monde  à la recherche d'un fond commun d'art «onirique  » et « enfantin »,  et ce pour remettre en question le rapport entre l’être et  l’existence. La toile  se présente ainsi  comme la trace  référentielle de l’œuvre dans  ses   compositions ivres. Loubaba s’oriente vers la peinture abstraite  après avoir expérimenté l’expressionnisme anecdotique et  la figuration symbolique. Ses œuvres plastiques  inspirées des réminiscences  sont axées sur la forme dans son intégralité et sa tridimensionnalité, faisant partie de la tendance  néo plastique au Maroc et dans le monde entier. Elle  essaie  à sa guise d’analyser les structures visuelles de l’œuvre, leurs quintessences et leurs métamorphoses. Elle a pu saisir les niveaux architectoniques et les motifs pictographiques avec maîtrise, minutie et doigté. C’est la vie des formes –couleurs et des expressions –synthèses qui orientent la composition structurale de la toile. Depuis sa première exposition, Elle  se consacre à une recherche de longue haleine, celle de la  théorie de la forme et de la destruction de l’objet.  Ainsi, elle est arrivée à formuler un langage pictural connotatif. Il s’agit de l’intégration  de la  transparence  qui heurte les formes des objets représentés. Le point de départ est une composition figurative qu’elle enveloppe d’allusion fantastique.


Cette  artiste  oniriste étudie intuitivement  son œuvre avant de commencer à peindre, tout en faisant intervenir des rapports  semi schématisés, des proportions des lignes, des angles libres…Dans ses œuvres métaphoriques  qui montrent une superbe dynamisation  des formes, Loubaba a su approfondir les bouleversements opérés par les grands artistes modernes. Son troisième œil bouscule l’image et ouvre la voie royale de la proximité des êtres et des choses, celle de la sensibilité esthétique afférente à l’expressionnisme contemporain.

Dr. Abdellah Cheikh( Critique d’art)

 


Laïla Laâlej ou « la forme la plus pure »

Femme cultivée née à Fès et ayant grandi en France où elle avait suivi des études de journalisme, carrière qu’elle abandonna pour des raisons personnelles, Laïla Laâlej, qui signe ses tableaux « Loubaba », manipule le pinceau depuis quelque vingt années, d’abord par vocation puis poussée par un désir curieux qui l’entraîne dans des explorations imaginaires à la mesure de ses exigences intellectuelles. Elle a eu l’occasion de montrer quelques-unes de ses œuvres dans le cadre des rencontres organisées par Métiss’art à Marrakech, à Casablanca, à Oujda et, dernièrement à Meknes…, encouragée en cela par des amateurs d’art et des gens de métier. Lecture dans son travail. Pour Laïla Laâlej, la peinture est une seconde vie, comme l’écrivait Gérard de Nerval dans son livre Aurélia, à propos du rêve, attendu que sa palette et son iconographie renferment une bonne dose d’onirisme, un onirisme oscillant entre le sommeil hypnagogique et les rêves éveillés. Bien qu’ayant peu exposé, Laïla Laâlej commence à investir la scène plastique marocaine, animée en cela par ce sentiment de prudence compréhensible chez une artiste qui dit avoir toujours peint « pour soi-même » (nous serions tenté de dire maintenant « contre elle-même », l’acte plastique étant par essence « cet étrange défi lancé à l’altérité, un interminable et conflictuel va-et-vient de soi au monde et de soi à soi, (pour reprendre une citation de l’écrivain et philosophe français Maurice Blanchot).


Les réalisations de Laïla Laâlej révèlent un talent indéniable pour sa connaissance intuitive des formes et des couleurs, lesquelles sont en perpétuel dialogue avec son moi profond. Certes, elle a transité au départ par plusieurs styles d’expression (abstraite, semi abstraite, matiériste…), c’était comme autant d’expériences liées à toute recherche qui se prend le temps de s’affermir, de mûrir. Une recherche qui a amené l’artiste à mettre au point un ensemble d’œuvres de moyens formats (qu’elle compte exposer l’année 2017 à titre personnel), d’allure néo-figurative, relativement à ce courant occidental qui fit fortune dans les années 60/70 du siècle dernier en France notamment. La nouvelle figuration de Laïla Laâlej ne relève pas de sa seule sensibilité qui fait le cas échéant de percées audacieuses dans le réel, mais aussi d’une « difficulté d’être » existentielle, dont elle a gardé souvenir ; aussi l’élément personnage qu’elle peint à plusieurs reprises, dans des attitudes parfois discrètes, parfois franchement démonstratives et ludiques, met en relief son recours significatif à des couleurs secondaires et froides, d’une complicité sous jacente, traitées celles-ci avec infiniment de nuances. La palette tend parfois aussi à devenir illustrative, avec un certain intérêt pour ce qu’on appelle « le sujet », ici un sujet non directement destiné à renseigner sur quelque chose, mais que récupère vite le souci de la composition et l’application tant soit peu exigeante des fondamentaux de la peinture (lumière, espace, couleurs, formes, support, etc.)
La néo-figurative que nous voyons en Laïla Laâlej développe pour ainsi dire une vision du réel qui passe par l’imaginaire, et qui n’hésite pas de verser dans une symbolisation schématique de certaines formes (florales, un tantinet paysagères, de facture brutes aussi), le tout fleurant cette atmosphère de rêve « nervalien » dont nous parlions, ce qui fait d’elle une sensitive à la fois lyrique et fantasque, à l’énergie créative porteuse de valeurs sûres.

Laalaj  «  Loubaba » : jardins intérieurs

 

Chez  l’artiste Laalaj Loubaba (vit et travaille à Casablanca) , la couleur n’est pas seulement propre aux scènes fragmentées, elle trouve fermement les contours et épure la structure dynamique  du tableau jusqu’à parvenir à l’autonomie de la couleur et de la forme, en se libérant totalement du sujet. Dans ses toiles, l’artiste obtient un effet analogue et une vibration particulière grâce à la juxtaposition de touches interdépendantes.

Il s’agit d’un acte symbolique  qui défend  le droit de rêver et exprime  des valeurs nobles  vouées à la  quiétude  au sens plein du terme, en exploitant les indices et les repères de notre nature intérieure : C’est un   pacte visuel  qui  symbolise notre rapport profond avec les êtres et les choses. En  tant qu’artiste peintre, Laalaj Loubaba met  en valeur cette essence humaine  selon une vision  moderne qui repose sur la réflexion, la méditation et la nouveauté.

L’utilisation de ce procédé difficile à mettre en œuvre explique l’aspect « inachevé » de ses tableaux autobiographique. Elle détourne des thèmes allusifs pour se consacrer principalement à l’atmosphère intimiste. Elle peint comme une forcenée, en restant fidèle à sa conception, qui exige une composition fluide et captivante. L’œuvre  s’inspire de nombreux scènes familières afin de mieux atteindre une harmonie guasi-musicale, grâce à une succession de touches soigneusement accordées tant du point de vue de la couleur que de celui de la luminosité. Elle  utilise la couleur essentiellement pour véhiculer une atmosphère, lui attribuant ainsi une toute nouvelle signification qui donnera un élan décisif à la majeure partie de ses œuvres récentes, caractérisée par la pureté de l’expression, par la simplification des formes qui prennent une valeur presque intrinsèque  et par une synthèse parfaite entre la couleur, la touche et la composition. L’artiste maîtrise ses codes plastiques et conçoit son monde  suggestif  par la texture et la couleur, comme des jardins intérieurs où la lumière percerait à travers un dense labyrinthe. La toile se présente ainsi comme la trace d’une action effectuée gestuellement et investit la surface en mettant en relief un état de recueillement et de fascination autour du tableau dans ses ivres compositions. Cette  artiste nous  fait partager son expérience plastique, en nous transportant vers un univers surréaliste   incarné par les couleurs expressives  et des formes  fluides.


Travaillant sur  des toiles  savamment travaillées, Laalaj Loubaba ,  plasticienne  alchimiste  ,   nous révèle une palette diversifiée  d’œuvres inspirées de  fragments  et de symbolisme, plus  gestuelles  et moins formelles. Pictographies spontanément  tracées, productions plus libres  reposant sur l’emploi de signes, de symboles,  de motifs  riches en termes de plasticité et de picturalité: Exemple illustre d’une synthèse d'expressions aussi proches que lointains. Disciple de la grande école de la vie, Laalaj Loubaba figure parmi les artistes contemporains de la nouvelle vague    qui associent leur art  au symbolisme gestuel. Délivrée des contraintes canoniques  de la forme, elle  se concentre sur ce qui fait la force et la spécificité : rythme et harmonie de la composition dans l'espace, tensions et contrastes des lignes, vigueur et  mouvement  du trait. Son acte plastique  illustre  si bien  le parfait mariage entre la peinture et la philosophie du plein  dans une ambiance où l'esthétique côtoie le mystique.

Les peintures  de Laalaj Loubaba sont animées par  des fragments  mystérieux innombrables inspirés de la perception visuelle synthétique. Apparemment spontanées, elles relèvent en fait d'une précision, d’une intuition   et d'une concentration extrême, qui font de  l’acte de peindre  une  source  de connaissance de soi, de spiritualité et  de paix intérieure : une école de vie qui fait rêver.  Fidèle à sa passion créative pour les expériences existentialistes, Laalaj Loubaba cultive des rapports  transversaux avec l'espace vécu. Tantôt fascinée par les dessins et  formes en transe, tantôt éblouie par le langage fascinant des couleurs et des symboles. Dans  ses œuvres exposées  une sorte d’affinité spirituelle profonde avec son vécu pratiquement  discret. C’est  une approche  symbolique inédite qui  rend un hommage sans cesse vivant à notre raison d’être  préoccupée  par la volonté minimaliste d’exprimer le maximum par le minimum et de mettre en valeur la profondeur  de  notre lieu d’appartenance. C’est dans cet esprit que Laalaj Loubaba puise naturellement dans la fascinante luminosité, la féerie des couleurs et son rythme de vie.  Son traitement labyrinthique de la forme  paraît bien ésotérique: un art pour  méditer, un savoir déconstructiviste. Mais s’il est tout cela, il   est surtout une philosophie de vie, une morale doublée d'esthétique.

Pierre Raymand (critique d’art français)