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Entretien avec l’artiste peintre Hossein Tallal

L’art est  un  moyen de rapprochement entre les peuples et les nations

Dès ses débuts artistiques, Hossein Tallal  (né en 1942 à Casablanca) est reconnu par ses pairs. Plus jeune artiste à être auréolé du Grand Prix du Salon d’Hiver du Maroc en 1965 qui mettait en compétition plus de 160 artistes du  Maroc et de l’étranger,

pour la plupart européens, Hossein Tallal est pris sous l’aile de son ami Cherkaoui. Il  intègre alors rapidement le cercle très fermé des critiques et collectionneurs d’art parisiens.Il expose dès 1967 à la Galerie Roue à Paris dont le vernissage a été rehaussé par la présence effective d’éminentes personnalités en l’occurrence Jacques Berque et Gaston Diehl et bien d’autres encore. En 1970, ses œuvres ont été  sélectionnées au Salon de Mai (Musée d’art moderne) après leur  exposition  à la fameuse galerie parisienne Vercamer à la même date. Hossein Tallal  a  participé à plusieurs expositions de grande envergure  à travers le monde comme à la Fondation Miro de Barcelone mais aussi au Danemark, aux États-Unis ou encore en Égypte… A la fois reçu  par Zadkine (considéré comme l'un des plus grands maîtres de la sculpture cubiste)  et reconnu par des critiques d’art de renom, à l’instar de René Huyghe, éminent professeur au collège de France et à l’Ecole du Louvre de Paris et historien de l’art,  qui lui avait consacré un texte dans le monumental livre qu’il avait publié sous le titre «  les art dans le monde »   chez  Larousse.Hossein Tallal n'a eu de cesse de façonner une œuvre picturale romantique habitée de personnages fantasques dans le regard desquels se mêlent des sentiments énigmatiques.

Illustre icône de la peinture marocaine contemporaine,  l’artiste Tallal a  été décrit par le critique d’art Alain Flamand comme «L’un des plus grands peintres marocains ; peintre de la solitude et de l’essentiel par excellence». Et ajouter : «peintre des foires orageux, peintre des couleurs vives, Tallal sait aussi se mettre à l’écoute de la nuit. Si sa peinture sensuelle est dramatique, si sa peinture intellectuelle est onirique, sa peinture réaliste est franchement tragique ».

Sa bonne image de marque en termes de recherche et création fait de lui l’une des figures majeures de l’art moderne aussi bien au Maroc qu’à l’étranger.

Loin de toute ressemblance ou répétition stéréotypée, la peinture de Tallal, comme écrivait Denise Divrone, critique d’art,  est une peinture d’évasion aux frontières de l’art figuratif, une interprétation subjective de la réalité objective. Le spectateur, en abordant son œuvre, doit savoir qu’il va vers la rencontre de cette vision, sinon il ne peut la comprendre .Son acte pictural  n’a pas la prétention de reproduire  la réalité visible, il essaie de saisir la beauté spirituelle édictée dans les états d’âme, en   rendant  l’invisible visible.

A titre de rappel, Tallal, grand témoin de son temps,   a été invité par l’Académie des Arts Iranienne comme   membre   du jury de la 3éme Biennale d’Art Islamique dont  il   a assuré avec rigueur et objectivité la sélection des œuvres artistiques primées. Suite à cette participation, il a contribué à l’organisation d’une grande exposition d’art iranien initiée par  la dite Académie  au Forum de la Culture (ex Cathédrale Sacré Cœur) à Casablanca pour présenter le panorama le plus représentatif possible de l’art iranien dans ses styles diversifiés. Entretien

Quels sont les grands tournants  qui ont marqué votre  imaginaire pictural digne des grands musées ?

J’ai la chance dans les années  soixante, d’avoir un ami comme Cherkaoui que j’ai côtoyé à Paris et qui m’a permis de rencontrer plusieurs artistes et écrivains  célèbres surtout lors de mon exposition individuelle à la Galerie  parisienne la Roue : Gaston  Dhiel, Jacques

Berque et autres. Dans ce contexte, j’ai été  sélectionné par  le fameux historien René Huyghe dans Larousse « Art dans le monde » et j’ai remporté  le grand prix du Salon d’Hiver du Maroc à Marrakech. Ce  grand salon crée par Majorelle  a  regroupé les artistes  européens confirmés et les jeunes talents. On était trois artistes marocains : Taieb Lahlou,  Hassan Glaoui et moi-même. J’étais surpris d’avoir décroché ce prix parce que   j’étais le plus jeune sélectionné par la commission du jury. Une chose qui m’a beaucoup marqué,  c’est que je n’ai  pas  récupéré  ce prix faute d’une panne  prévue dans ma veille voiture en  destination à Marrakech.

Avec sa générosité de cœur et sa grandeur humaine, Cherkaoui disait à chaque  fois qu’il me présente à une personnalité culturelle : Nous sommes deux à Paris. J’ai toujours gardé en moi même cette générosité envers d’autres personnes.  C’est extraordinaire !

Vous êtes de  ces artistes  précurseurs qui ont  réalisé un parcours probant et riche en termes de créativité et de plasticité. Peut-on avoir une idée sur ce que vous avez réalisé jusqu'à présent ?

Lors de ma première exposition à la Galerie parisienne  La Roue, j’ai axé ma peinture  sur ce  thème général : « les portraits imaginaires » sans recours à des titres. Vers les années soixante dix, j’ai commencé à illustrer les contes fantastiques d’Edgar Alain Poe, en mettant en scène l’enfant et les jouets. C’est un peu les enfants handicapés. Ce qui est extraordinaire à ce propos, c’est que en recevant ma carte professionnelle au parlement, j’ai retrouvé deux tableaux représentatifs de cette série où j’ai  abordé avec spontanéité le tragique de l’enfance et la beauté de la laideur. Je suis fils unique et je n’ai pas connu mon père à la naissance. Ainsi, je  voudrais bien rendre hommage à ma mère qui disait souvent : «  j’ai appris à mon fils à lire  sous la lumière d’une bougie ».

A l’occasion de l’exposition de mes  travaux  en 1967 à la galerie «La Roue» à Paris, Jean Bouret, célèbre critique d’art français,  a bien écrit  dans «  les Lettres Françaises » : «les tableaux réunis ici sont d’une étrange beauté. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont fait penser à William Blake, mais c’est ainsi et je n’y peux rien, même pas une tentative d’explication.».

Quant à mon exposition à la Galerie Vercamer à Paris, elle a été focalisée sur le thème de la danse. A Rabat, j’ai présenté la thématique du cirque en tant qu’un monde passionnant qui  fait référence à mon enfance quand je n’avais pas l’argent d’y accéder. Je me rappelle  cette  citation d’une historienne d’art française en commentant  mon travail  en question : « Beaucoup d’artistes ont travaillé sur le cirque, mais ton cirque est à toi  Tallal. ».

En 1984, Feu SM Hassan II  a écrit : «  Ces tableaux qui témoignent du degré de perfection jamais atteint par l’art pictural marocain, grâce à votre labeur acharné et à votre ténacité opiniâtre de poursuivre avec constance, un effort de recherche soutenu  par une maîtrise adéquate de votre technique, honorent le Royaume. ».

Quel regard portez-vous sur les arts plastiques au Maroc en tant qu’artiste peintre et homme de culture ?

On a une très bonne école, parce qu’elle est diversifiée : il y a les naïfs, les abstraits, les figuratifs, les installateurs, les photographes …etc.  Cette diversité  relève de la  lumière  fascinante du Maroc qui a beaucoup inspiré les maîtres de la peinture, en l’occurrence Delacroix, Matisse et Majorelle. C’est une école vivante. Maintenant,  nous sommes très heureux  que les gens commencent à s’intéresser à la peinture et aux artistes. Je pense que c’est grâce à SM le Roi  Mohammed VI qui a donné une impulsion et une vie à l’art au Maroc.

A mon sens, on ne peut pas parler d’une peinture proprement marocaine. Il s’agit d’art contemporain qui se veut universel. De par sa position historique et géographique, le Maroc a été  et sera  toujours un carrefour  où foisonnent  différentes tendances et expériences, ce qui représente un grand moment de partage et d’enrichissement. Dans le cadre de  la  Galerie Alif  Ba créée par Chaïbia en 1982, on a œuvré pour l’ouverture sur des sommités artistiques  à l’échelle internationale dans le but de mener à bien une synergie entre les créateurs d’ici et d’ailleurs.

Quelle est   votre conception  de l’art ?

L’art ne peut être réalisé s’il n y a  pas de création au sens plein du terme.  J’estime  que cette création se nourrit de l’esprit de liberté et de sincérité. L’art également est le rapprochement entre les peuples. Dans  cette optique, je voudrais bien citer ce que disait Feu SM Hassan II dans son discours prononcé le 19  décembre 1963, en s’adressant aux artistes lors de la Rencontre Internationale des Arts au Maroc : « Et je  leurs dis : dans le domaine de la sagesse, de la vertu et de l’art ; il n’y a point de limite à la connaissance et il n’y a point de terme à la recherche. Je les encourage aussi pour qu’ils soient des membres actifs  de cette grande famille des penseurs et des artistes qui, lorsque tout semble s’écrouler, restent les amarres entre les peuples, les continents, les religions et les races … ».

L’artiste Chaïbia  a sillonné le globe et a ravi les critiques les plus impartiaux. Ces couleurs ont illuminé les différentes capitales des grandes villes modernes et les galeries les plus exigeantes. Quel est le secret de  sa célébrité à l’échelle internationale ?

Vous savez, le secret de Chaïbia est  venu avec le travail. C’est une femme artiste qui  a travaillé tout le temps. Fermée chez elle, elle  recevait beaucoup de monde.  Dans ses œuvres calculées en nombre d’or, chaque chose était à sa place.  Pour elle, la sincérité est importante dans la création.  Elle se manifeste  en traits et en compositions. Chaque couleur donne une image sur l’artiste.  Il faut aussi reconnaître que Chaïbia a mené la peinture marocaine à l’universalisme par ses couleurs, ses habits, ses fantasmes, sa bohémie : « Ce corps enveloppé et enveloppant, archétype même de la maternité, cette voix caverneuse et moqueuse à la fois, ce regard perçant mais bienveillant, cette chevelure noire de chef amérindien, ces caftans et ces coiffes, etc. L’ensemble faisait de Chaïbia un personnage charismatique à la limite du chamanique. », écrivait un critique d’art au « Hot News ». Et d’ajouter : « Cette femme qui parle un arabe marocain paysan mais s’exprime librement. Cette analphabète dont tant de grands de ce monde ont embrassé la main. ».

Hossein Tallal en compagnie de Chaïbia à sa  maison.

 

Quand  le critique d’art et le directeur de section « Art Moderne » à Paris  Pierre Gaudibert est venu voir mon travail accompagné de Cherkaoui, ma mère  est venue nous montrer une composition complètement abstraite et tachiste sur carton à la manière d’un tapis.  A l’époque, il y avait le grand peintre de l’école de Paris Bissière. Par  rapport à  cette composition, Gaudibert m’a dit : ce n’est pas une gentillesse que je veux vous dire. C’est  extraordinaire ce travail parce que  Bissière a passé plusieurs années   pour finir  avec  cette légèreté  et spontanéité et je trouve ça formidable. Il a ajouté : Tallal, peut être dans les  trois mois Chaïbia va continuer à peindre .Si elle dépasse les trois mois, elle devient une très grande  artiste, mais une chose, ne dit jamais rien à elle. A titre de consécration, elle a été    cataloguée parmi les précurseurs de  COBRA (mouvement pictural  moderne né en Europe en 1945. Il préconisait un « art brut », dépouillé de toute influence historique, culturelle, savante ou environnementale.  ) dont  les ténors étaient Apple, Alechinsky, Corneille  et Constant.  Elle avait une force au niveau de graphisme et de la couleur brute. Le secret de l’art est là. D’ailleurs, dans les années 70, beaucoup d’artistes ont suivi  son cheminement créatif  notamment au Brésil et à Paris. Toutes ses expositions dans les quatre coins du monde ont été vraiment un énorme succès sur tous les plans. Fidèle à son langage intérieur et à  la fraîcheur de ses couleurs, elle a  été choisie pour présenter  la femme en Méditerranée notamment  à Athènes et à Barcelone. Il est à souligner que  l’artiste peintre Mao Bennani m’a confié   qu’il a fait  la queue avec beaucoup de monde à Athènes pour visiter un musée d’art et il a été ébloui le fait de voir qu’il s’agit d’une exposition de Chaïbia.

Il est  à rappeler également que Cérès Franco,  historienne de l'art et fondatrice de la galerie         « L’œil de Bœuf-Paris », a fait la donation de deux grandes œuvres de Chaïbia  au  Musée des beaux-arts de Carcassonne. Il s’agit de deux œuvres de sa collection  audacieuse d'environ 1500 œuvres ( dans le cadre   de la fondation de Cérès Franco,  cette collection  a été présentée pendant plus de vingt ans dans le village de Lagrasse (Aude)). Le nom de Chaïbia  figure parmi des artistes  de renom dont les œuvres allaient à l'encontre des tendances de son époque : Pouget, Rustin Nitkowski, Michel Macréau, Grinberg, Chaïbia, Corneille, Hadad, Kabakov, Komet, Lucebert, Paella Chimicos, Christine Sefolosha et tant d'autres...

Propos recueillis par  Dr.Cheikh  Abdellah( critique d’art)

 

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